« Snowden » : Itinéraire d’un héros moderne

Snowden

d’Oliver Stone

Snowden, traître pour les uns, valeureux chevalier de la nation pour les autres, a droit à son deuxième coup de projecteur avec ce biopic d’Oliver Stone. Laura Poitras avait déjà fait du lanceur d’alerte en exil le « héros » d’un documentaire accablant, très intime, au cœur des coulisses de la révélation : Citizenfour exposait à la face du monde le scandale d’espionnage de masse opéré par la NSA et communiqué dans le plus grand secret à des journalistes par l’ingénieur informatique Snowden. Celui ci y apparaissait comme un héros inattendu, œuvrant pour le bien commun et les libertés de tout un chacun.

Ce documentaire exceptionnel en temps réel, aux airs de film d’espionnage tant la tension était à son comble, a une réelle valeur historique. Cependant, le jargon informatique et judiciaire en ont peut-être rebuté plus d’uns, privant ainsi le grand public d’outils de compréhension essentiels pour saisir la nature de cette menace contemporaine pesant sur notre société. Le film d’Oliver Stone, certes imparfait, parvient à attirer l’attention du public sur la problématique de la surveillance de masse, en nous contant l’histoire d’un homme avant tout.

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Le cinéma de la nostalgie : quand les fans récupèrent les franchises

Le 12 décembre 2015 est sorti Star Wars VII, le Réveil de la Force. J’ai honoré cette petite sortie confidentielle en compagnie de ma maternelle à deux reprises. Je crus qu’une méconnaissance de cette saga mythique allait être un sérieux inconvénient, mais il s’agissait en réalité d’un avantage car c’est ce qui nous a plus ou moins fait apprécié le film.  Néanmoins, nous étions loin d’être les seules – non pas d’avoir vu Star Wars mais d’avoir cet étrange avis – à le considérer comme un bon divertissement prévisible mais sympathique. Une de mes meilleures amies m’affirmait avoir bien aimé l’Épisode VII : « Mais je n’ai pas vu les autres, donc je ne peux pas comparer », alors que les connaisseurs et les amoureux de la saga m’adressaient une profonde déception, voyant le nouveau bébé de J.J Abrams comme une pâle copie de l’Épisode IV.

Et c’est ainsi que je commence à comprendre dans quelle mare Star Wars a plongé. Si les fans de la franchise ont éprouvé le même désarrois que je ressentais au générique de fin de Jurassic World, je ne puis que partager ma sincère compassion. Par les Dieux de l’Olympe, dans quelle époque cinématographique sommes-nous, avec le retour de toutes ces franchises ? Une ère de nostalgie sonne t-il dans les cloches du temple du septième art ou n’y a t-il qu’une crise de la créativité ? Se replonger dans le passé n’est pas synonyme de copiage, si on constate que 99% des histoires ont déjà été racontées, ne diffère que la manière de la traiter. Ressentir ce qui a été des grands succès de cinéma montre que notre époque se soucie particulièrement de rassembler le plus grand nombre à travers le parfum de la nostalgie.

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Le cinéma de blockbuster : un empire culturel mondial

Le 16 décembre 2015, la sortie de Star Wars – Le réveil de la Force de J.J Abrams dans les salles françaises était précédée d’une longue période d’attente s’étalant en plusieurs années. Dans les mondes virtuel et physique, les futurs spectateurs échangeaient les plus brèves informations concernant l’avancement du projet, créant un véritable phénomène social à l’échelle mondial. Divers médias rappelaient la date du Jour J, des journaux traditionnels aux plateformes spécialisées jusqu’au petit paquet de céréales. Les salles, quasi complètes des jours à l’avance, devenaient les lieux de rendez-vous d’un événement planétaire. Bien que son ampleur n’arrive pas si souvent, ce phénomène social, culturel et industriel n’est pas inédit, figurant dans la lignée du cinéma des blockbusters.

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« The Get Down »: Fureur de vivre dans le Bronx

La série la plus couteuse de Netflix, The Get Down, est signée Baz Luhrmann (Roméo + Juliette, Moulin Rouge, Gatby le magnifique). Celui-ci s’attaque pour la première fois au petit écran, auquel il appose son empreinte baroque, lyrique et endiablée. Le style du cinéaste australien est identifiable entre tous, irritant les uns, ravissant les autres. The Get Down ne fait pas exception à la filmographie de son auteur, renforçant le clivage entre les adeptes et les détracteurs.

Si à première vue ce n’était pas gagné, car j’ai tendance à nourrir quelques réserves concernant la capacité de Baz Luhrmann à générer de l’émotion, la série a su trouver son identité propre et verser du miel dans nos oreilles.

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« Frantz » : Le coupable, c’est l’étranger

Frantz,

De François Ozon

 

Au visionnage de la bande annonce, mille fois rebattues dans les salles obscures, Frantz m’apparaissait terne et morne. (Le noir et blanc peut être une promesse d’élégance, comme de morosité). Une partie de la réception publique est venu confirmer ce triste a priori.

Et puis lors d’un après-midi d’ennui et de crachin, Frantz s’est soudainement imposé comme le programme le plus attrayant. J’ai donc décidé de laisser une chance à ce cher Ozon, au nom de toutes ces années d’amour et d’admiration. Un Ozon, même mauvais, reste un Ozon.

Et contre toute attente, Frantz a trouvé le chemin de mon cœur, sans détour et sans rencontrer de résistance, s’enracinant en moi avec une pureté absolue. Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi. Les effusions c’est bien, les arguments c’est mieux. Read More

« Divines »: L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

Cet article contient des spoilers.

Divines,

de Houda Benyamina

Houda Benyamina, c’est cette réalisatrice courageuse et passionnée, dont le discours enragé et militant au Festival de Cannes, en forme de déclaration d’amour au cinéma, a marqué la mémoire. Elle en a tellement bavé avant, qu’on comprend pourquoi sa joie a éclaté avec tant d’ardeur lors de la remise du prix de la caméra d’or pour Divines. Fondatrice de l’association 1000 visages, qui initie les jeunes des quartiers populaires aux métiers du cinéma, Houda Benyamina est une artiste engagée et sensible.

Divines, son premier long-métrage, est un coup de poing féroce dans le cœur, qui te laisse au sol, vidé de toute énergie, dans un silence lourd d’amertume et de chagrin. Lors du cut final, on sentait cette vibration intime qui nous traversait tous : nous étions tétanisés par l’émotion.

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