« L’Amant Double» : Double ration d’ennui

L’Amant Double,

De François Ozon

Le dernier film de François Ozon, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, fleurait bon le thriller sulfureux et psychologique passionnant, évoquant un De Palma à la française teinté de vertiges Hitchcockien… Résultat des courses : on se serait bien passé de cet exercice de style affecté, tombant dans les pires travers d’un scénario creux et malhabile ne reposant que sur l’efficacité d’un suspens artificiel : maintenir l’intérêt du spectateur en le suspendant à une molle tension dramatique, entièrement subordonnée à un twist final s’avérant en fin de compte plus que décevant et pitoyablement prévisible.

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Des gens pourtant tellement sains en apparence…

Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

Ozon, maître du suspens à la française, virtuose du thriller psychologique, a commis la récidive de trop. Swimming Pool, 8 femmes, Frantz, et même Jeune et Jolie, nous avaient habitué à mieux dans la catégorie thriller dramatique. Son modus operandi ? Distiller une ambiance mystérieuse et malsaine (parfois) jusqu’à l’éclatement. Ozon est passé maître dans l’art de la suggestion, brouillant les pistes du récit et laissant planer l’ambiguïté sur les intentions de ses personnages, souvent abscons, rendant ainsi le spectateur esclave d’une atmosphère inquiétante – où la sexualité trouble se fraye toujours un chemin – plus que d’un scénario très élaboré.

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Bah ouais, c’est quand même classé dans la catégorie « Thriller érotique » hein

Si jusqu’à présent, cette écriture de l’inquiétude se suffisait à elle même, elle a semblé se heurter violemment au mur de la réalité cette fois-ci : une atmosphère, c’est bien, un scénario, c’est mieux. J’ai le sentiment que tous les grands réalisateurs finissent par se confronter aux défauts qu’ils savent masquer jusqu’à un certain point, condamnés à leur revenir en pleine figure un jour ou l’autre, comme un boomerang.

Ozon n’est pas le premier à me faire cet effet là, comme si inévitablement les réalisateurs finissaient par épuiser leurs obsessions dans des caricatures d’eux-même, des créations mécaniques, n’ayant plus rien d’autre à offrir qu’un contenant, une enveloppe : une coquille vide. Terrence Malick, Tim Burton, Sofia Coppola, Nicolas Winding Refn… Ils sont plusieurs à être passés par là, même si ce phénomène ne constitue pas en soit une fatalité. Beaucoup s’en relèvent, fort heureusement. Toujours est-il que Ozon vient tout juste, il me semble, d’atteindre ce point culminant dans sa carrière de cinéaste : quand une mécanique bien huilée ayant fait ses preuves finit par tourner à vide.

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« Je ne suis qu’amour,  bien être et équilibre »

Du symbolisme en veux-tu en voilà

La grosse faiblesse de L’Amant Double, c’est de dérouler le tapis rouge à une succession de métaphores psychologiques lourdes et indigestes, ce que nous avions déjà reproché auparavant à The Neon Demon qui s’embourbait lui aussi dans les mêmes écueils au cours de sa deuxième partie, et encore, avec bien plus de panache. L’Amant Double recycle en effet des motifs formels éculés et ringards, au summum du too much, pour symboliser l’altérité et la figure du double. L’omniprésence des miroirs notamment et des miroirs brisés incarnent une suite d’indices fondamentalement primaires.

Le double au cinéma n’est pas une thématique inédite, elle est au contraire tellement resucée jusqu’à la moelle qu’il est devenu difficile d’en tirer quoi que ce soit de neuf. L’Amant Double semble avoir mal digéré certaines de ses références, sans jamais parvenir à se singulariser, évoquant une pâle copie de tous ces films s’intéressant déjà à la dualité, et bien mieux que lui. Chloé, notre personnage principale, aurait même tendance à nous faire penser à Nina incarnée par Nathalie Portman dans Black Swan. De son physique semblable à son basculement dans la psychose, en passant par ses rapports compliqués avec sa mère et la sexualité. L’intensité dramatique n’est évidement pas la même. La force évocatrice des plans symboliques est immanquablement atténuée quand ces derniers, au lieu de s’ajouter au fil narratif, se constituent comme l’essentiel du contenu.

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« Oh mon dieu, des escaliers »

Ozon s’est donc contenté de jalonner son maigre récit d’éléments de mise en scène et d’écriture outrageusement clichés et redondants : le miroir, le split screen, le miroir encore, toujours des miroirs, des escaliers en colimaçon, des chats (empaillés ou vivants) et bien sûr, la confusion entre le double maléfique et le double bienveillant qui finissent par faire douter le personnage principal de leur identité respective « mais si, c’est moi le bon frère, je te le jure, ne tire pas, tire sur lui » telle la conclusion d’un mauvais film de science-fiction vu et revu.

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Le miroir, vous l’avez ?

L’Amant Double, pétri de symboles puérils, me laisse penser que Ozon s’est borné à parcourir la Psychologie pour les nuls ou le Dictionnaire des rêves, tant la subtilité et la finesse d’écriture figurent aux abonnés absents.

Pour son projet de fin d’année, Ozon, étudiant en Licence 1 de psychologie, a tenté de traduire visuellement l’intériorisation d’un traumatisme dans un long-métrage. Très faible et caricatural. Mention « Peut mieux faire. »

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