« Alien Covenant » : autodestruction d’un chef-d’œuvre

Alien Covenant

de Ridley Scott

Alien…

Je crois qu’il n’existe pas un plus grand amour du cinéma que mon adoration envers le mythique, sublime, terrifiant xénomorphe, cette effrayante créature au corps si sexué, sortie de l’imagination du génie Hans Ruedi Giger, incarnation du viol et du matriarcat des plus violents. Enfance, adolescence, aujourd’hui, Alien est mon maître, une adoration du septième art, qui restera à jamais dans mon sanctuaire sacrée des plus grandes sagas de l’Histoire.

Je dois le reconnaître, comme pour toute relique, on est quelque peu sensible à sa manipulation. Après quatre films cultes, dont les trois premiers sont d’indétrônables chefs-d’œuvre (oui, Alien 3 aussi) et deux spin-offs servant de médiocres mais innocents défouloirs, quel a été mon désarroi, mon désespoir, ma rage devant le blasphémateur Prometheus, sorti en 2012 par Ridley Scott, père du premier opus et réalisateur du dernier rejeton, Alien Covenant. En relançant la saga, Scott était très mal parti, donnant naissance à un prequel non assumé avec des personnages stupides, niais et sans attache, dans une histoire sans queue ni tête. Ainsi arrive la suite directe de Prometheus, et l’attente fut assez crispée…

Dix ans après la fuite de Shaw et de David (Prometheus ne mérite absolument pas le respect du non-spoil), la navette Covenant navigue dans l’espace à la recherche d’un monde habitable dans l’espoir de fonder une colonie humaine et de construire des cabanes en bois au bord d’un lac avec ses 2 000 colons. Ils finissent par atterrir sur une planète trop parfaite pour qu’il n’y ait pas d’ennemi.

La connerie est dangereuse pour la vie d’autrui

alien

« Tu veux un doliprane ? »

Ridley, toi qui prétends avoir appris de tes erreurs avec ton premier prequel, tu sembles persister à perpétuer la stupidité de tes personnages. Très vite, on comprend qu’on a affaire à un troupeau de navigateurs complètement illogiques. Le comble est de savoir que certains sont sensés être des scientifiques en pleine expédition. Je n’ai pas de Master Biologie, mais le port d’un casque peut s’avérer nécessaire dans un territoire inconnu du genre humain…

Après m’être exposé tête nue, on ne s’inquiète pas pour l’agonie de mon collègue. Il a dû attraper un petit rhume. Et puis, tant qu’à faire, je colle mon nez à une étrange espèce végétale que je manipule, pour finir ma tête plongée dans un œuf plus large qu’un chaudron de Poudlard, alors que tous mes potes se sont fait tuer les uns après les autres par cette foutue planète toxique, remplie de bestioles hostiles qui cherchent à me faire décapiter…

alien egg

« Je ne risque rien si je plonge ma tête dedans ? »

Il serait particulièrement éprouvant d’énumérer toutes les décisions incompréhensibles des personnages, me demandant si le record n’a pas été atteint avec Prometheus – déjà très haut placé. Néanmoins, leur bêtise n’est pas le seul problème. Alien Covenant rompt avec la tradition de la saga dans la présentation des protagonistes du film lors d’une scène de repas. Un choix artistique louable si Scott avait souhaité évoluer le style narratif des Alien, en remplaçant cette fameuse scène par une autre présentation collective. Pas de scène de repas, mais une scène d’adrénaline en bonus. Ainsi, les personnages sont plus isolés, faisant donc développer une cohésion de groupe moins cohérente avec les spectateurs. Il faut un certain temps pour comprendre la relation entre les protagonistes et leur place dans l’équipage. Paradoxalement, nous avons rarement vu autant de couples dans un film Alien, voire même de science-fiction. À certains moments, on en frôlerait l’Alien Loft Story.

L’univers Alien a toujours sa final girl, une héroïne forte et iconique dont seul Ripley a le secret. Après la susceptible Elizabeth Shaw et sa bouche à demi ouverte, Daniels porte la cape de la guerrière de l’espace. Pas assez développée, sa particularité majeure est un deuil qu’elle porte pendant le film. Néanmoins, elle reste moins agaçante qu’Elizabeth Shaw, ce qui n’est pas une moindre affaire.

Du viol au créationnisme

L’évolution d’un univers est toujours un travail délicat, nous incitant à trouver un parfait équilibre entre la nouveauté et le respect de la saga. Depuis Prometheus, la dynastie des xénomorphes semble avoir pris un chemin différent. En effet, on est bien loin de la métaphore malsaine et glauque du viol, représentée par la créature quasi indestructible. Il est assez rare de voir une saga s’affranchir autant de son univers d’origine, car il ne suffit pas d’introduire un xénomorphe dans un film pour considérer que l’on respecte la continuité d’Alien. Si cela avait été le cas, World War Z est donc un film de zombies.

De l’angoisse de la sexualité à la réflexion religieuse, Alien Covenant continue de poser la question de la création à travers la naissance de l’Alien, en suivant des thématiques bibliques ou monothéistes. Un choix qui aurait pu marcher, si la trame narrative n’avait pas été aussi bancale dans l’évolution de l’histoire, se perdant dans les propos mystiques et les délires créationnistes de notre Univers.

Ce choix, propre à Scott – Exodus : Gods and Kings l’aurait-il influencé… – peut plaire ou éloigner les fans de la première heure, car ces derniers risquent de tomber dans une nostalgie de la symbolique du xénomorphe, si centrale dans l’univers d’origine. Dans ce film assez bâtard, Alien ne semble être qu’une créature hostile à l’Homme, assez secondaire, comme un personnage de fonction. On sent que l’antagoniste du film – et de la nouvelle saga – prend une importance considérable, devenant donc le véritable chouchou, la nouvelle créature dramatique de Ridley Scott.

alien mons

« Eh ! Je ne suis pas sensé être le figurant ! »

Frustration, pire ennemie du cinéma

Comment décrire cette terrible frustration qui peut gagner les spectateurs dans la salle, du moins parmi les fans hardcore d’Alien ? Je n’ai jamais caché mon manque d’objectivité, la trahison Prometheus m’avait rendue bien plus méfiante que pour une autre sortie de science-fiction. Si j’avais beaucoup apprécié Rogue One de la saga Star Wars, j’avais bien conscience que mon intérêt tardif pour la dynastie Lucas me permettait de ne pas juger les nouveaux-nés galactiques avec sévérité – comme ce fut le cas avec l’Épisode VII.

L’énumération des points positifs pour Alien Covenant s’effectue ainsi : certains plans sont bien construits, une lumière soignée, certaines scènes d’action correctes, parfois ridicules (aviez-vous déjà vu deux androïdes faire du karaté ?). Si on écarte l’appartenance du film à l’univers originel, les thèmes autour de la zoologie, des bestiaires et de Frankenstein sont tout à fait plaisants. Pourtant, l’incapacité à coordonner ces nouvelles thématiques à Alien est un point qui fracture définitivement le long-métrage. Car ce monde greffé n’a rien à voir avec notre monstre chéri. On est face à un film trop propre pour cette atmosphère nauséabonde et gluante, et cette froideur habille Alien d’une franchise, à grand regret, trop mainstream, jusqu’à la série B.

Ainsi, on est frustré de ne pas avoir un grand film Alien. Plus que de la colère, c’est la peur de voir une si belle franchise s’autodestruire par son propre paternel. Je dois reconnaître qu’assister à un infanticide artistique est assez original. Ainsi, le retour manqué du xénomorphe continuera à me hanter, dans les cauchemars de la déception. Mais contrairement à Prometheus, ce fut prévisible.

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