« Get Out » : Humour noir sur fond rouge

 

Get Out,

De Jordan Peele

Inconnu au bataillon (ou presque), Jordan Peele a pourtant vu sa côte de popularité monter en flèche depuis la sortie de sa toute première réalisation, Get Out, désormais sur toutes les lèvres. Derrière ce tour de force, on retrouve aussi Jason Blum, producteur à l’origine de nombreux succès horrifiques de ces dernières années (Insidious, Paranormal Activity, Sinister.)  Mais cette nouvelle perle du cinéma d’épouvante ne joue pas dans la même catégorie, loin de là… Pourquoi Get Out a-t-il suscité tant d’émoi ? Quel est son ingrédient secret ? Il faut dire qu’une comédie grinçante versant dans le film d’horreur politique, cela ne se voit pas non plus tous les jours.

Rire jaune

Premièrement, celui-ci se distingue en s’inspirant des plus grands maîtres d’épouvante, tels que Roméro et Carpenter,  pour la dimension politique, ou encore d’Orange Mécanique pour la violence froide et le conditionnement psychologique… Tout en mélangeant des registres a priori opposés (comme le faisait déjà très bien The Visit avant lui), il décloisonne les genres cinématographiques, joignant sur le même plan divertissement assumé et défense d’une cause politique.

Get out commence comme une comédie de mœurs, une sorte de remake du célèbre film « Devine qui vient dîner ?» de Stanley Kramer, sorti en 1967.

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« Devine qui vient dîner ? »

Rose, une jeune femme blanche, invite son nouveau petit ami avec qui elle file le parfait amour depuis 4 mois, à passer le weekend chez ses parents. Rose a juste omis de leur signaler un détail : Chris, notre héros, est noir. Dès le départ, on comprend donc qu’un huis-clos familial tendu, empreint de préjugés raciaux, va se jouer… Effectivement, cette satire cruelle nous tire quelques rictus crispés. On pense notamment à la dynamique de Carnage de Polanski, où la courtoisie de façade tourne progressivement à l’affrontement.

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« Nous ne sommes pas racistes, les domestiques font partie de la famille. »

La tension enfle petit à petit… à travers des éléments assez anodins qui révèlent la méfiance des parents, ou tout simplement leur incapacité à se comporter naturellement. Une critique de la société américaine, ni plus ni moins, où le racisme, latent – et moins latent – est encore omniprésent. L’intelligence de Get Out, pourtant, c’est de contourner le pamphlet social, le film moral, de brouiller les pistes du genre cinématographique en nous emmenant sur le terrain du thriller, tout en distillant des éléments d’horror comedy.

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« Je vais te manger le cœur »

Jump scare, stingers musicaux et autres gimmiks cinématographiques qui soulignent une menace, ou du moins une étrangeté, sont légion. Ils sont même outrageusement prononcés, et cette dimension parodique ne manque pas de déclencher automatiquement le rire chez le spectateur : Get Out s’appuie en effet sur notre connaissance préexistante du cinéma pour provoquer l’amusement, à grand renfort de références et de second degré assumé.

Cinéma de genre pour réalité sociale

Le meilleur pote de Chris n’est pas seulement un gentil sidekick légèrement parano dont la fonction est d’amuser la galerie. La famille de Rose n’est pas ce qu’elle semble être : une brochette d’ignorants maladroits, mais pas malveillants pour autant.

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Nous venons en paix…

Get out bascule réellement d’une histoire réaliste, teintée d’horror comedy, au cauchemar le plus pur et intolérable, où le sang sera versé. Le mythe de Frankenstein sert même d’inspiration dans une dernière partie qui ferait presque écho aux théories scientifiques et anthropologiques douteuses du 19 ème siècle où apparait la classification des races. Comme pour nous rappeler que les préjugés raciaux et le choc des cultures, sujets contemporains de comédie dramatique (la France est championne pour exploiter ces thématiques), peuvent aussi incarner de parfaits sujets de film d’horreur. La scène finale de Get Out évoque d’ailleurs fortement celle de La nuit des morts vivants (à une différence près…), tel un miroir inversé.

Get Out s’est donc emparé  du cinéma de genre, au lieu de se cantonner au traditionnel naturalisme quand il s’agit de traiter ce type de problématiques sociétales. Tout en oscillant entre humour et suspens, en s’appuyant sur un référentiel fort, il dénonce une réalité ; transmet un message non moins intense, intelligent et engagé que ne le ferait un film social. A travers l’apparente légèreté des registres dans lesquels il puise, Get Out est jalonné de symboles qui dénoncent la vraie violence que peut représenter la condition afro-américaine. Le troisième acte peut même se lire comme une métaphore de la pensée colonialiste et de l’appropriation des cultures.

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Il est intéressant de constater que le cinéma en ce moment, par sa diversité de tons et de formes, produit de plus en plus de films résolument subtiles et inspirés, afin d’interroger les maux de nos sociétés modernes où le racisme, les préjugés ou les questions identitaires sont encore et toujours d’actualité : Get Out, Moonlight, I am not your negro, Dear white people... Espérons que cette créativité engagée, où le divertissement et le plaisir ne sont pas occultés pour autant, continue à frapper les consciences.

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