« Logan » : enfant bâtard ou fils à papa ?

Logan

de James Mangold

Que l’on soit geek, amateur de pop culture, bon public ou tout simplement friand de cinéma de genre, la sortie d’un film de super-héros représente toujours un rendez-vous social et cinéphilique incontournable, faisant couler au passage beaucoup d’encre. Les X-men sur grand écran font les beaux jours de Marvel (devenu une filiale de Disney en 2009) depuis maintenant 17ans… Entre les trilogies, les reboot et les spin-off sur Wolverine (dont des retours dans le temps générant une nouvelle timeline, rien que ça) autant dire qu’on se perd un peu dans cette cosmogonie complexe… Et sans vouloir dénigrer la qualité de la saga X-men aux multiples thématiques et aux enjeux dramatiques tout à fait pertinents, on a parfois le sentiment d’un récit un peu surexploité se jouant sous nos yeux. Le dernier-né, Logan, est-il comme on l’espérait l’enfant bâtard de cette saga super-héroique ou n’est-il qu’un énième fils à papa heureux de perpétuer l’héritage ?

Un héros qui refuse le costume

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Gueule cassée, cynisme à toute épreuve, refus d’obtempérer et humeur de chien, Logan, vieillissant, refuse d’endosser le rôle de super-héros. C’est souvent le point de départ chez beaucoup de nos compères en collants, qui finissent cependant par embrasser leur destin de surhomme. Logan est une sorte de bête indomptable, victime d’un pouvoir qui lui a été administré de force. Le pouvoir est ici un fardeau, une malédiction, un cancer (et pas seulement symboliquement, puisque son propre corps le tue à petit feu).

C’est pour cette raison, entre autres, que ce nouvel épisode tranche radicalement avec le reste de la saga : l’aspect super-héroïque de l’éternel combat des gentils moralisateurs contre les forces du mal est en partie gommé. Logan repousse, de bout en bout, le costume de super-héros qu’on voudrait lui forcer à revêtir. On nous avait vendu Deadpool comme le symbole du héros irrévérencieux, tordant le cou aux stéréotypes du genre… (sauf que c’était aussi subtil qu’un éléphant tentant de réaliser un saut de chat). Et si c’était Logan le véritable anti-héros, tant dans la nature du personnage que dans son esthétique ?

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Au delà du héros qui renie les conventions de son propre genre cinématographique, l’esthétique et la narration s’émancipent aussi de leurs prédécesseurs. Le film prend à revers les codes traditionnels inhérents à ce genre calibré. Violent, brutal, sombre et désespéré, exempt de second degré, Logan évoque davantage la furie dévastatrice d’un Mad Max que l’action lissée et souvent pleine de bons sentiments d’un Marvel. Même les effets spéciaux un peu cartoonesques ont été délaissés au profit du réalisme des décors et d’une impitoyable noirceur. De plus, l’intrigue relativement peu inédite se révèle finalement n’être qu’un prétexte pour nous conter non pas l’histoire d’un homme aux prises avec les forces du mal, mais au prises avec ses propres démons intérieurs et son propre passé, transformant la cavale en un intense road-trip rédempteur et intimiste.

Révocation du surhomme

Logan se dote en effet d’une profondeur inattendue pour un film de cette étiquette, plus en adéquation avec la cruelle réalité du doute existentiel qu’avec la philosophie du surhomme, reléguant dans un coin le grand spectacle de la mission sauvetage habituelle. L’identité visuelle elle aussi surprend : « sales » et organiques, les images sont pleines de poussières, de sable et de sang. Une scène notamment vous indique que Logan ne fait pas dans la dentelle : la tuerie brutale et sanglante qui touche la gentille famille chez qui la fine équipe composée de Logan, Xavier et Laura trouvent refuge. Une famille à laquelle on s’était doucement attaché. Mais James Mangold n’a que faire de nos attentes sentimentales, car c’est la mélancolie, le désespoir et la lucidité qui imprègnent Logan.

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Les protagonistes meurent pour de vrai, et ne renaissent pas de leurs cendres comme par magie, tels des personnages de dessin animé. La scène finale, par ailleurs, clôt brillamment l’épisode, et évite le passage souvent téléphoné du héros qui se réveille d’entre les morts. La mort ici n’est pas un jeu, ni une fausse piste pour gentiment effrayer le spectateur comme le feraient des montagnes russes. Logan, ça ne rigole pas, ça se prend même au sérieux, et ça prend le spectateur aux tripes comme rarement un film de super-héros ne l’a fait auparavant.

Hugh-Jackman-in-Logan-Movie-Trailer

Logan est un film aux thématiques fondamentalement humaines, où le pouvoir s’apparente davantage à un traumatisme qu’à un don de la nature. En ce sens sa filiation est plus forte avec Incassable de Shyamalan, qu’avec la joyeuse bande des Avengers. Il appartient à cette nouvelle génération de super-héros pleinement conscients de leurs failles, iconoclastes, affranchis de leur dimension divine et renvoyés à l’échelle humaine et intime… Le désenchantement est-il le nouveau destin de nos super-héros et la nouvelle formule bankable d’Hollywood… ? Le spectateur, semble-t-il, n’est plus dupe du sempiternel sauveur de ses dames.

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