« Le cercle – Rings » : voir ce film peut tuer

Le cercle – Rings

de F. Javier Gutiérrez

C’était il y a presque 20 ans. Aujourd’hui, on se rappelle de cette silhouette fantomatique, de cette démarche, de sa longue chevelure humide et de ses yeux tueurs – au sens propre du terme. On a en tête ce corps sortant de la télévision, alliant brillamment une vieille croyance populaire japonaise et les avancées technologiques de notre époque, et tout cela en une seule scène dirigée par Hideo Nakata. Du pure génie qui n’existe que dans la magie du cinéma.

sadako

Coucou.

Après un remake américain respectable et une suite dispensable, ressusciter Sadako/Samara semble irrésistible pour les studios hollywoodiens. Une idée qui n’est pas si mauvaise… Alors que Ring s’est imprégné de son paysage télévisuel/VHS de la fin des années 1990, notre culture audiovisuelle a connu des changements considérables depuis la révolution numérique : rapidité des informations, impact des vidéos diffusées dans les réseaux sociaux etc. Ce contexte peut donner une excellente occasion de remettre Ring au goût du jour et replonger, comme l’avait fait Nakata à son époque, dans nos peurs et nos angoisses primaires à travers la technologie moderne, le risque étant de sombrer dans une adaptation superficielle.

13 ans après la malédiction de Samara, Julie n’a plus de nouvelle de son petit copain Holt (ce nom existe vraiment ?), parti à la fac, depuis une semaine. Elle décide d’aller à sa recherche et, on le devine très rapidement, plonge avec lui dans l’histoire d’une vidéo maudite circulant dans le campus.

Il nous est très difficile de s’attacher à des personnages cons

Qu’ils soient maudits, morts, volants au dessus des étoiles filantes, tout ce qui pouvait arriver aux protagonistes, notamment au couple-héros, m’indifférait totalement. Au fur et à mesure de leurs actions, notre étonnement mute en incompréhension pour finir par devenir une série de sketchs au même niveau qu’un vidéo-gag – désormais, je saurais que chaque pigeon mort croisé sur ma route est un signe de l’au-delà. À Paris, je dois beaucoup tchatcher avec les morts.

Avec ce film, nous avons la preuve matérielle et formelle que s’attacher à un personnage nécessite que celui-ci ait un minimum de bon sens. Sans réclamer un QI d’Einstein, ouvrir une porte signalée comme mortellement dangereuse ou pénètrer dans la tombe d’un fantôme qui veut ta mort, c’est quand même pousser le bouchon de la connerie un peu trop loin vers les frontières des galaxies cosmiques. À ce rythme, Samara n’aurait pas eu besoin d’attendre 7 jours pour les tuer.

RINGS

« Oh, il y a du bruit derrière cette porte. Je vais voir ce que c’est »

Sadako / Samara, le fantôme absent

Ah, loin était l’époque où Samara nous faisait transpirer d’angoisse. La vision de Ring / Le Cercle remonte à bien des années. Néanmoins, j’ai le souvenir d’apparitions assez restreintes de la petite fille, mais chaque scène – dont celle de la télévision – était marquante et terriblement efficace. Dans Le cercle – Rings, elle n’a jamais semblé aussi présente mais agitée comme une poupée d’Halloween. Aucune inquiétude, ancun malaise, zéro tension.

C’est un véritable paradoxe : Samara fait des allers retours pour ne pas répandre son pouvoir maléfique, et son univers malsain n’est qu’un tas de peinture grise étalé sur une toile trop grande. L’histoire de ses parents biologiques – mal écrite – transforme ce film d’horreur en un thriller prévisible, fusionnant Ring et L’exorciste, jusqu’à copier pathétiquement une scène du premier film.

En mélangeant enquête du passé – déjà fait et bien plus efficace – et vidéos maudites, le charisme de Sadako / Samara s’amoindrit de scène en scène, pour notre plus grand désespoir…

Rings version 2.0 ?

Mal fait, mal écrit, mal joué. Mais la plus grande déception de Le cercle – Rings repose sur cette opportunité manquée, cruellement détruite, de reprendre cette « saga », en version 2.0. Il ne s’agit pas de plaire – comme ce film l’a fait – à un public de jeunes ados accros aux Snapchats et aux Iphone (parce que maintenant, on peut voir la vidéo maudite sur son mobile) mais d’exploiter cette pratique audiovisuelle massive dans notre quotidien, enracinée dans la culture Internet et les écrans qui envahissent nos vies. Quel champ artistique, sociologique, philosophique, en tout cinématographique… Mais on en demande trop à Paramount Picture et ses copains – car je ne sais même pas si le réalisateur avait souhaité ce désastre. Loin, loin est le temps où le public des films d’horreur n’était pas considéré comme débile.

RINGS

Eurika, on utilise un écran plat pour faire moderne, ils vont adorer !

Au final, l’intrusion des nouvelles technologies est superficielle, sans réflexion et parfois comique – ah, c’est du mp4 sur Macbook Air. Mais le palmarès du ridicule revient au dernier plan du film ATTENTION ROULEMENT DE TAMBOUR SPOILER : Samara transfère sa vidéo HD par mail.

Décevant. Horrible. Désastreux. Le cercle – Rings n’est pas seulement un accident du septième art, ni même un raté. C’est un constat : le cinéma horrifique est maudit, assassiné par les faiseurs en manque d’inspiration, coupée de son public, gardant en tête qu’il n’est composé que d’adolescents écervelés, assoiffés de jumpscare.

Mais grâce à ce chef-d’oeuvre du mauvais goût, je garderai une chose en tête : quand le bouton d’ascenseur ne marche pas au septième étage, appuies sur le sixième et prends l’escalier.

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