« Frantz » : Le coupable, c’est l’étranger

Frantz,

De François Ozon

 

Au visionnage de la bande annonce, mille fois rebattues dans les salles obscures, Frantz m’apparaissait terne et morne. (Le noir et blanc peut être une promesse d’élégance, comme de morosité). Une partie de la réception publique est venu confirmer ce triste a priori.

Et puis lors d’un après-midi d’ennui et de crachin, Frantz s’est soudainement imposé comme le programme le plus attrayant. J’ai donc décidé de laisser une chance à ce cher Ozon, au nom de toutes ces années d’amour et d’admiration. Un Ozon, même mauvais, reste un Ozon.

Et contre toute attente, Frantz a trouvé le chemin de mon cœur, sans détour et sans rencontrer de résistance, s’enracinant en moi avec une pureté absolue. Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi. Les effusions c’est bien, les arguments c’est mieux.

frantz

Le noir et blanc : un écrin d’une pureté formelle éblouissante

Ozon n’est pas le premier à jouer des variations d’étalonnage ou de formats au cours d’un même film. La Liste de Schindler de Spielberg jouait déjà du passage du noir et blanc à la couleur pour faire germer une graine d’espoir dans un monde de désolation. Tout récemment Mommy de Dolan a marqué les esprits en s’affranchissant du format classique, lui préférant un 1:1, puis se libérant de ce format oppressif grâce au personnage principal qui repousse les limites du cadre. Ces variations ne sont pas là pour faire joli. Ces effets traduisent, de manière subtile, les impressions intérieures des personnages, ou alors expriment une idée sous-jacente.

Dans Frantz, le noir et blanc est de mise. Il a à la fois un rôle historique, nous plongeant dans cette époque délétère de l’après première guerre mondiale, et à la fois un rôle expressionniste, exprimant les tourments intimes des personnages. La pellicule reprendra des couleurs épisodiquement, épousant les courbes d’humeur d’Adrien et Anna.

Plus qu’une coquetterie esthétique, cette oscillation du noir et blanc à la couleur est parfaitement gérée par Ozon, et ajoute un supplément d’âme à cette monochromie quelque peu poussiéreuse. A travers ce choix du noir et blanc d’une élégance exquise, Ozon ravive la flamme des plus grands mélo d’antan. Mais en teintant ponctuellement ce noir et blanc de couleurs plus vives, bouleversant les codes de la mise en scène, Ozon est aussi foncièrement moderne.

frantz3

Un discours humain et pacifiste sur la guerre

Frantz apparait au premier abord comme un grand mélo flamboyant (sans doute la raison de cette déception massive chez le public, qui lui a reproché de ne pas l’être assez) mais Ozon semble vouloir nous dire autre chose.

À travers les prémisses de cette histoire d’amour bâtie sur la mort du fiancé d’Anna, le fameux Frantz, entre hésitation, passion et échec, (un schéma quelque peu classique de l’amour manqué au cinéma), Ozon veut nous parler de la guerre. De la guerre et de la jeunesse sacrifiée. Peu original, certes. Mais son propos s’exprime avec une grande humanité et une grande finesse. Au moyen d’une structure en miroir (la première partie du film prend place en Allemagne et la deuxième en France) Ozon démontre l’hostilité des populations envers les soldats, mais aussi envers les civils.

Il faut bien trouver des coupables dans cette guerre. Et le coupable, c’est l’étranger. En pointant cette logique du bouc émissaire, Ozon reconfigure l’échiquier d’après-guerre : il réattribue à chacun ses fautes, et lave les coupables désignés à tord. Les coupables, ce ne sont plus les fils du pays, ces soldats qui commettent l’acte physique, l’irréparable, et qui portent en eux le lourd fardeau de la culpabilité (comme Adrien). Ce sont les pères qui envoient leurs enfants au bûcher. D’un côté ou de l’autre, En Allemagne ou en France, les soldats sont tous des victimes de cette horrible guerre.

Adrien est un individu singulier dans cette histoire, mais c’est aussi une incarnation universelle, l’avatar de cette jeunesse sacrifiée, et à laquelle Ozon rend hommage. Anna quant à elle fait le lien : elle est celle qui raccroche les ponts entre les victimes ; entre le souvenir de Frantz, son fiancé sacrifié dans la mort, ses beaux parents, esseulés après la perte de leur enfant, et Adrien, ce soldat Français dévoré par la culpabilité. Convoquer l’amour (non pas l’amour romantique, mais l’amour au sens large) pour mieux fustiger la guerre.

FRANTZ (2016)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s