« The Neon Demon » : La tentation du vide

The Neon Demon,

De Nicolas Winding Refn

Notre amoureux des néons a encore frappé. Auteur de Only god forgives, Drive – probablement le plus connu et le plus consacré de sa filmographie -, et de la trilogie Pusher, le danois Nicolas Winding Refn s’est forgé une identité esthétique radicale au cours de sa carrière. Dont néons, violence et obsession du beau composent sa signature. The Neon Demon n’échappe pas à la règle, et condense les qualités autant que les défauts du cinéaste. 

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Photographe de mode, la carrière cachée de Refn ?

The Neon Demon est un objet étrange, à la fois confondant de beauté et de vacuité. Ce sont justement les deux sujets du film. Refn interroge et explore ces deux concepts, à travers le parcours initiatique d’une jeune ingénue débarquant à Los Angeles pour devenir le nouveau visage de la mode. Petit à petit, le personnage de Elle fanning se fait piéger et transformer par ce monde vampirique, morbide, débordant de faux semblants et privé de toute humanité.

Dans cette carte postale macabre que nous sert Refn du monde de la mode, on sent de la part du réalisateur autant de répulsion que de fascination. Son obsession du beau fausse un peu ses intentions : dénoncer, tout en sublimant, est-ce réellement possible ? Mais Refn est avant tout un plasticien, un amoureux des images. Difficile de lui reprocher de ne pas faire autre chose : c’est son identité profonde et invariable. La photographie de mode, à la surface polie un brin publicitaire, serait-ce sa deuxième passion ?

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The Neon Demon est un régal pour les sens. Photographie, univers sonore, lumière et mise en scène nous clouent sur place. Pourtant, force est de constater ce paradoxe étrange : la beauté insolente du film en amoindrit justement la portée. A force de vouloir embellir chaque plan – et même si c’est très réussi plastiquement – Refn donne un côté un peu lisse et figé à son film, comme une photographie de papier glacé. Une surface brillante sans aspérité. Les enjeux dramatiques sont noyés sous une overdose d’images toutes plus belles les unes que les autres, mais aussi toutes plus vides. Peut-être est-ce une mise en abîme pour faire corps avec son sujet ? Combattre le mal par le mal ?

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Overdose… de symbolisme

Bien que le film commence en suivant un schéma narratif tout ce qu’il y a de plus classique, la deuxième partie verse dans un symbolisme épais et surchargé qui empêche toute identification au récit. C’est sans doute le plus gros défaut du film : cette surenchère de symboles qui semble masquer les faiblesses de l’intrigue. Refn enchaîne les scènes sibyllines, toujours aussi visuellement somptueuses et saisissantes,  mais  perd en densité dramatique. The Neon Demon gagne en beauté ce qu’il perd en pertinence du propos.

Pourtant, il faut reconnaître que certains symboles dans la première partie étaient éminemment bien choisis. L’un des personnages, la maquilleuse Ruby, travaille aussi dans une morgue.  Elle est à cheval entre deux industries ; celle de la mode et celle de la mort. C’est une simple suture visuelle, par le montage, qui nous permet de lier inconsciemment ces deux univers, et d’assimiler les mannequins… à des cadavres.  Cet aspect morbide du monde de la mode, où le maquillage ne recouvre que des cadavres inanimés et vides, est dénoncé par ce symbole très fort.

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D’autres symboles sont aussi très percutants. Mais Refn s’est laissé dépassé par cette facilité et cette obsession du visuel. « Débrouillez vous avec ces images, moi je trouve ça joli » semble avoir été l’idée directrice hasardeuse de la réalisation dans cette deuxième partie. Cette partie se différencie aussi de la première par un basculement dans le genre cinématographique. Elle convoque le genre horreur, évoquant une sorte de giallo moderne plutôt intéressant. Si seulement le récit n’avait pas été aussi branlant, ne reposant que sur des images saisissantes et hypnotiques, Refn aurait pu atteindre une forme de perfection cinématographique.

Dénonciation hypocrite ou exploration formelle du beau ?

On peut reprocher à Refn son obsession du beau, qui ne colle pas avec la dénonciation d’un monde justement obsédé par le beau et le superflu. On peut lui reprocher d’emprunter les armes et les effets de ce monde qu’il condamne : on peut lui reprocher la bassesse d’une démarche hypocrite.

Mais on peut aussi se poser une question : Refn cherche-t-il réellement à dénoncer ? Est-il investi d’une mission moralisatrice ? Peut-être cherche-t-il tout simplement à explorer le beau, autant que le vice qui s’en nourrit. Le vers dans la pomme. La beauté, corrompue, salie, ses prédateurs et son industrie qui la broie.  Tout en conservant cette esthétique honnie du superflu (trop soignée et raffinée) presque ironiquement… Difficile de saisir réellement les intentions de Refn. Peut-être n’est-il intéressé que par les possibilités esthétiques que lui offre ce sujet.

Dénonciation hypocrite ou exploration formelle du beau et du macabre ? Comme pour les symboles quelque peu arbitraires dont nous abreuve Refn, c’est au spectateur d’interpréter ce qui lui plaira.

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