« L’olivier » : engagé et sans prétention

L’olivier (El Olivo)
d’Iciar Bollain

Il y a des œuvres qui sentent, transpirent la sincérité. On ne remettra que rarement en cause l’honnêteté de Ken Loach, quand certains réticents le trouvent insupportable pour son conformisme artistique. Un peu éloigné du cinéma que je suis « sensée » raffoler, je ne peux m’empêcher d’éprouver de l’affection envers la filmographie du brave auteur engagé. Aujourd’hui, son scénariste Paul Laverty propose ses loyaux services à l’Espagnole Iciar Bollain, réalisatrice de Même la Pluie. Parfaitement consciente des grandes imperfections de L’olivier, son nouveau film m’inflige la même impression que les expériences Jimmy’s Hall et Sweet Sixteen. 

Après la vente de son olivier bi-millénaire, un vieil agriculteur s’enfonce dans un mutisme qui inquiète sa petite-fille Alma. Celle-ci décide de retrouver l’arbre placé en Allemagne dans le siège d’une grande multinationale productrice d’énergies renouvelables.

Scénario en dents de scie

La lecture du synopsis donne l’impression de suivre l’histoire d’une jeune femme engagée et déterminée à combattre les gros méchants de la multinationale afin de rapporter la clé du bonheur de son grand-père, un destin microcosmique dans un macrocosme politique, comme on en fait tant, y compris dans les téléfilms allemands de l’après-midi sur M6. Le film se centre en effet sur l’héroïne, mais elle est loin d’une Wonderwoman, plus proche d’une révoltée à l’esprit un peu bordélique et nostalgique. Très vite, on comprend le style du film, préoccupée par le souci de représentation sociale, ce qui n’a pas empêché la réalisatrice d’ajouter quelques images symboliques, comme le transport d’une réplique kitsch de la statue de la Liberté dans le camion destiné à récupérer l’arbre familial. Mais l’essentiel de l’œuvre repose sur son histoire aspirant à dénoncer un problème social et politique, véridique mais qui plonge parfois dans une avalanche de clichés, comme le fameux : « va t-en, petite hippie ».

Comme la quête des racines familiales d’Alma, nous pouvons avoir l’impression que le film cherche aussi son identité. Tiraillé entre la comédie road-movie et le mélodrame social, le film peut tomber dans des maladresses stéréotypées comme plonger dans des délires de crises familiales, et le dernier point aurait pu être davantage accentué. Avec une deuxième partie plus plaisante, le film avait les capacités de tenir sur ces trois personnages s’ils avaient été plus développés, en donnant naissance à un film certes plus léger mais tout aussi touchant.

olivier

Une jeunesse désabusée

Néanmoins, malgré les faiblesses scénaristiques, la réalisatrice s’est justement penchée sur les guerres intergénérationnelles actuelles, où une jeunesse peut condamner son prédécesseur pour idéaliser ses aïeuls. Alma méprise son père, jusqu’à ne plus l’appeler papa la majeure partie du film, et l’accuse d’être responsable du malheur de son grand-père et du sien. Symboliquement, la nouvelle jeunesse rejette la société qu’on lui avait promis avant d’être fauchée par la crise économique, et s’attache à l’ancien monde, plus paisible et humble face aux forces de la nature. À travers ce portrait familial, Iciar Bollain a tenté, non sans clichés, de frôler une problématique réelle: les promesses données à une jeunesse laissée pour compte, ayant pour solution la soumission à l’austérité ou la révolte.

En refusant la fatalité, Alma n’a pourtant pas de plan et se lance souvent dans des plaidoiries d’accusation: les décisions de son père, de son oncle et de cette classe d’âge avide de progrès, ont causé le chagrin mortel de l’ancien et un sombre destin pour le jeune. La question de la lutte est aussi mise en avant, et la réponse se tient sur l’autonomie et l’improvisation via les réseaux sociaux, un détail de scénario plus qu’intéressant et on se sent bien frustré face à son manque de développement. Outre les relations intergénérationnelles, on sent aussi une volonté d’établir un lien entre l’Espagne et l’Allemagne, une subissant la crise de plein fouet et la « bonne élève » européenne – déjà présent dans le thriller allemand Victoria de Sebastian Schipper en 2015.

Dans la lignée des préoccupations sociales contemporaines, Iciar Bollain souhaitait souligner les conséquences que subiront les prochaines générations causées par les promesses de croissance, la laissant sans repères. Un peu maladroite, l’œuvre n’est pas dénuée d’honnêteté et ne possède aucune prétention de génie artistique. En voulant pointer du doigt une préoccupation tout à fait légitime, la réalisatrice espagnole a désiré nous faire partager ses sentiments sur le monde qui l’entoure et a voulu l’exprimer via un long-métrage. Et cela mérite tout notre respect.

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