« Gods of Egypt » une blague huileuse

Gods of Egypt

d’Alex Proyas

En entrant dans la salle obscure, je savais très bien que le film ne se rangeait pas dans la catégorie des Péplums de qualité mais je donnais une chance à Gods of Egypt dans le but de m’amuser très sommairement.

Alex Proyas, réalisateur aux origines SF (Dark City, I.Robot, Prédictions) nous plonge en Égypte ancienne, plus précisément en plein âge d’or des dieux mythiques et du règne d’Osiris. Ce dernier s’apprêtant à couronner son fils Horus voit son frère jaloux Seth débarquer avec son armée et prendre le pouvoir par la force en le tuant publiquement avant d’arracher les yeux de son fils. Aveugle et vaincu, Horus croise la route d’un voleur mortel du nom de Bek et passe un marché avec lui afin de récupérer ses pouvoirs, reprendre le trône et sauver l’Égypte de la tyrannie et du chaos.

La comédie est un des genres cinématographiques les plus complexes. Provoquer un sourire ou un éclat de rire peut s’avérer être un exercice difficile, entre la subtilité des dialogues et l’absurdité des situations, tout doit être dosé avec délicatesse et équilibre, au risque de déguster un plat bien fade par manque de générosité ou gras et indigeste causé par une lourdeur déplaisante. Mais comme l’appétit d’un fast-food après une soirée mouvementée, Gods of Egypt fait partie des œuvres volontairement vues pour assister à un gigantesque moment de délire collectif. Pour cela, le film a normalement tous les qualificatifs adaptés d’un nanar… à demi assumé.

« J’aurais voulu être Zack Snyder »

L’Égypte et sa mystérieuse culture… résumés en une masse d’hommes en jupettes aux corps suant devant un fond vert. C’est à peu près le résumé artistique de Gods of Egypt dans 99% des images. Il n’est certes pas si rare de croiser des œuvres de Blockbuster aux tambours bourrins, aux femmes sexys et aux coups d’épées systématiques à chaque coin de dune. On se rappelle tous du fameux 300 de Zack Snyder – dont je ne raffole absolument pas – et la présence de Gerard Butler prouverait une certaine inspiration du réalisateur avide de corps oins et d’hémoglobine en 3D. Après le monde hellénistique, Alex Proyas chercherait-il un nouveau souffle du Péplum 2.0 à travers la culture égyptienne ?

Bien que je ne sois absolument pas sensible à 300, je conçois qu’il s’agisse d’un long-métrage réussi pour ses adeptes, où notre classification personnelle repose sur une question de goût et de couleur. Le cas de Gods of Egypt est autre : il serait réducteur et facile de le qualifier comme le « 300 égyptien raté », mais on n’en est pas loin. Les séquences d’action répétitives sont néanmoins accompagnées de formidables envolées nanardesques au ralenti, où on peut sentir la touchante ambition de Proyas à créer le même effet des corps qu’affectionne Snyder, mais la recherche esthétique ne témoigne que d’une tentative de style pré-moderne à la Matrix pathétique et ringarde.

gods of egypt 2

Entrer une légende

On peut admettre que notre cher Alex ait voulu s’inspirer de l’esthétique égyptienne antique, à travers l’art ancien et l’héritage des anciens péplums. On avait pour habitude de montrer une terre des pharaons baignée dans une culture matérielle particulièrement dorée. Mais Gods of Egypt veut aller plus loin dans sa générosité, car le film transpire la dorure jusqu’à faire pâlir d’envie les décorateurs d’intérieur cairois. À force de vouloir faire gros et grand, les images ultra pixelisées, beaucoup plus proches des premiers jeux PlayStation, offrent des effets spéciaux hallucinants de mocheté, de créatures dégueulasses (on découvre que Godzilla avait des origines égyptiennes) et d’une direction artistique plus proche des salons du président Al-Sissi que des jardins luxuriants des palais de Memphis.

L’Égypte selon Proyas

Ainsi arrive la partie la plus amusante de l’analyse. On se doutait fort bien du scénario extrêmement basique – davantage que la complexe et riche histoire originelle d’Osiris et de son fils. Quelques éléments ont été dévoilés pour permettre aux spectateurs de se faire une révision fiche-bac de la mythologie égyptienne (« mon papa a été découpé en 14 morceaux, t’sais »). Mais bien sûr, l’histoire n’utilise de la source égyptienne que les noms des dieux, la jalousie de Seth (en même temps, ce n’est pas très difficile) et l’introduction d’une pyramide – comme foutre la fameuse Tour Eiffel dans chaque plan de Paris.

Que dire des dieux, que dire… On peut admettre qu’ils n’aient pas fait d’erreur dans leur orthographe. On savoure la présence quasi inutile des déesses – y compris Hathor qui n’existe que pour nous offrir un défilé déhanché. On comprend que tous les dieux sont gentils, à l’exception du très méchant Seth et de ses ambitions à la Commode. Oui, papa Râ a préféré mon frérot, et je vais lui montrer que je suis le meilleur… par la cruauté.

Les séquences de Râ sont de loin mes préférées. On assiste à une situation hybride, entre une inspiration SF et une esthétique ringarde, donnant un résultat esthétique très bizarre mais tout à fait délirant. Ses batailles nocturnes contre Apophis et le chaos sont absolument délicieuses : contre-plongé solaire, le visage botoxé de Râ au milieu de flammes en synthèse, ce dernier criant « barrez-vous, sale bête ! ». Qui ne succomberait-il pas à ce charme artistique d’une grande finesse ?

Quant aux autres, Horus et Seth remplissent seulement leurs missions écrites dans le contrat, bien que Butler semble vouloir devenir le Spartiate version méchant dans le désert. Coster-Walder trouve une opportunité de jouer le Lannister « purement » gentil, mais certaine scènes extrêmement mal jouées me font me demander s’il prend l’aventure « artistique » (ho ho ho) au sérieux. Pour finir, la Palme du personnage raté revient au sage Thoth, réduit en un vulgaire et agaçant Comic Relief de bas-étage.

Nous avons donc vu un éventail de dieux et de déesses « égyptiens », utilisés davantage comme des fonctions de scénario de blockbuster qu’une réelle inspiration mythologique. Néanmoins, chacun garde le titre que les antiques fidèles leurs avaient accordés. Mais… l’affreuse apparition du Sphinx à la Mufasa m’a définitivement confirmée du je-m’en-foutisme de la culture égyptienne. La créature mythique s’incruste dans l’histoire – pourquoi pas – … pour annoncer une énigme. Bien sûr. Le sphinx et l’énigme sont indissociables et nous avons tous en tête la gigantesque gardienne de Gizeh, veillant sur les pyramides des souverains de la IVe dynastie…

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« Mets un Sphinx avec le visage de La Momie dans les Mines de la Moria et le tour est joué ! »

Sauf que l’énigme du Sphinx apparait dans l’antiquité grecque. Merci de relire Œdipe.

« Merci, j’ai bien rigolé »

Que voulait Proyas à travers cette œuvre  ? Cherchait-il à faire un mixte de SF Péplum raté ou un nanar complétement affirmé par sa kitcherie partie trop loin ? Je savais pertinemment que Gods of Egypt ne reposerait en rien sur l’histoire égyptienne originelle. Malgré la richesse de cette mythologie, capable de faire fleurir une œuvre magistrale autant sur le plan esthétique que dans le contenu du scénario, j’ai néanmoins perdu foi en la fidélité et à l’intérêt d’Hollywood envers les textes antiques depuis l’abominable Troie. Je ne vais pas faire la difficile, il y a au moins des dieux dans Gods of Egypt.

Comment se satisfaire de l’œuvre d’Alex Proyas ? Je doute qu’il vaille la peine de payer une dizaine d’euros pour assister à un spectacle de pixels sableux. Prenez une carte gratuite ou un moyen de se le procurer individuellement pour passer un moment de convivialité avec des paquets de chips et des canettes de divers breuvages étourdissants, en très bonne compagnie amicale. Vous trouverez une opportunité de rires aux éclats face à un scénario plus désertique que les vallées thébaines, à un surjeu époustouflant et à des effets spéciaux nostalgiques de Jason et les Argonautes. Parfois, il est bon de s’adonner à un nanar à moitié assumé.

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