« Deadpool» : Enfer de coolitude forcée

Deadpool

de Tim Miller

Issu des comics Marvel, Deadpool est le dernier héros en date à voir ses aventures portées sur grand écran. Parce que chez Marvel, on ne fait pas de jaloux : chaque héros finira bien un jour ou l’autre par avoir droit à son adaptation cinématographique. Deadpool contribue-t-il à accroître la lassitude que beaucoup de spectateurs (comme moi) éprouvent devant une énième adaptation Marvel, ou renouvelle-t-il l’expérience super-héroïque ? Ryan Reynolds endosse donc pour la deuxième fois le costume de super-héros, semblant vouloir se racheter après l’échec cuisant que fut Green Lantern. (DC comicc)

Marvel Studios (dont la société mère Marvel Entertainment fut rachetée par la firme Walt Disney Company en 2009) inspire grand spectacle calibré mais aussi lassitude au grand public. Même si les chiffres du box office restent plus qu’encourageants et témoignent d’un succès commercial incontestable, la réception critique et publique n’est quant à elle pas toujours au rendez vous. (Elektra, Dardevil, Les quatre fantastiques et son reboot 2015, Agents of SHIELD). Sur la planète Marvel, on recycle beaucoup et on produit à la chaîne ; un petit goût amer de fast food industriel a souvent tendance à nous rester sur la langue.

En marge de cet océan de conformité, le rutilant Deadpool fait son entrée, plein de promesses et fort de sa différence. Effectivement, Deadpool ou Wade Wilson de son vrai nom, est le seul héros Marvel ayant conscience de vivre dans un comics. Il commente ainsi ses aventures et abat régulièrement le quatrième mur, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Le film a bénéficié d’une promotion très appuyée, vantant l’originalité de ce héros atypique, censé faire souffler un vent de fraîcheur sur l’univers très formaté des supers-héros. Effectivement, Deadpool est grossier, taquin, subversif, et doté d’une inépuisable réserve de vannes estampillées second degré, méta et pop culture.

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Il me semble que ce héros à la coolitude drôlement forcée, cherche à reconquérir un public usé par des films trop attendus. Deadpool s’amuse donc à déjouer les clichés pressentis et les codes des films de super-héros, avec renfort d’autodérision et d’humour méta bien lourd.

Pour résumer grossièrement, la métafiction consiste à s’auto-référencer et à dévoiler ses propres mécanismes de fabrication. L’humour méta peut être utilisé subtilement et donner le sourire (par exemple, Ave, Cesar ! des frères Coen sorti récemment, l’emploie ouvertement) mais dans Deadpool il semble avoir été convoqué pour masquer un vide profond. Le scénario et le personnage, et l’histoire dans son ensemble, n’ont rien de séduisant ni de nouveau à proposer. En s’adressant directement à nous, spectateurs, et en abusant de bouffonneries (le personnage se croit dans un one-man-show) Deadpool trahit les angoisses profondes de ses créateurs : perdre un public qui commence peut-être à leur tourner le dos.

C’est pourquoi Deadpool te prend par la main, te fait sans cesse et lourdement du coude, semblant t’implorer de l’aimer, racolant littéralement son public. : « héhé, je suis cool hein, tu as remarqué à quel point je suis différent des autres, aime moi je t’en prie. »

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La leçon que m’aura appris ce film, c’est que surexploiter une bonne idée de départ (je n’ai rien contre le second degré ni le méta en soi, bien au contraire) ne concourt qu’à la gâter. Trop de méta, tue le méta. Il me semble que des héros très premier degré, tel que Peter Parker dans le Spider Man de Sam Raimi, sont bien plus frais et touchants que ce bouffon méta, se vautrant obscènement dans une débauche d’humour tapageur (et foireux la plupart du temps).

L’emploi du second degré et de l’autodérision, dans des blockbusters qui ont pour habitude de se prendre au sérieux, est à l’origine peu conventionnel et réjouissant, mais leur utilisation excessive les ont finalement érigé en norme. En tirant sur la corde d’une tendance déjà bien installée,  notamment dans les récents films de super-héros, Deadpool sombre malgré lui dans la beauferie la plus grasse. Vulgaire, hypocrite, racoleur, cousu de fil blanc, ni iconoclaste comme il le prétend ni même un tant soit peu innovant, le dernier-né de Marvel parait juste tenter de dissimuler ses failles, en nous soufflant au visage un écran de fumée prêchant le fun et le cool jusqu’à l’overdose.

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